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LE MONDE
Robert Solé

"Paroles de lecteurs", copyright Le Monde, 19/10/03

"IL n’appartient pas au médiateur de se prononcer sur le licenciement d’un journaliste, et je n’ai aucune intention de sortir de mon rôle. Le courrier reçu à propos du départ de Daniel Schneidermann me conduit, en revanche, à y faire écho. D’autant qu’un certain nombre de lecteurs se plaignent d’avoir été mal informés sur cette affaire, en soulignant qu’elle les concerne au premier chef.

L’objet de la controverse, comme chacun sait, est un livre du chroniqueur de télévision, Le Cauchemar médiatique, paru aux éditions Denoël. La direction du journal a vu dans ces pages ‘une entreprise de dénigrement’ et ‘un véritable réquisitoire contre Le Monde et ses dirigeants’. C’est ce qu’indique la lettre de licenciement, qu’elle a choisi de publier à côté de la dernière chronique de Daniel Schneidermann, dans le supplément ‘Radio-Télévision’ daté 4 octobre. Cette lettre a fait, à son tour, l’objet d’un droit de réponse le 18 octobre.

Une lectrice de Liège (Belgique), Raymonde Dernier, se dit ‘stupéfaite de n’avoir trouvé aucune réaction de lecteur’ dans nos colonnes, tandis que Philippe Peres (courriel) m’écrit : ‘Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’expliquer les motivations profondes de l’équipe de direction.’

Voici des extraits, tirés de quelque 270 lettres ou courriels dont j’ai eu connaissance, avec la réponse de Jean-Marie Colombani.

Un goût amer

Le Monde me berce tous les matins depuis mes 15 ans. C’est mon petit plaisir au quotidien qui accompagne mon café (sans sucre), m’aide à comprendre le monde justement... Or, ce matin, en lisant la dernière chronique ‘A la mer’ de Daniel Schneidermann et la lettre de son licenciement, mon café a eu un goût étrangement amer... Je ne sais pas si la direction du Monde est une sorte de ‘clan sicilien’, et je n’ai en tout état de cause pas envie de le croire (je sym- pathise même avec cette direction) ; mais j’ai l’impression à travers ce licenciement d’un comportement assez contradictoire avec les valeurs véhiculées par ce journal, donc les miennes.

Clause de conscience

Le moindre devoir d’un journaliste me semble être de ne pas attaquer le journal qui l’emploie. Si M. Schneidermann se trouvait en désaccord avec la ligne éditoriale ou les méthodes du Monde, pourquoi n’a-t-il pas démissionné, en faisant jouer la clause de conscience ?

Un élément gênant

Cette lettre de licenciement – non signée, bien qu’employant le ‘je’ dans un paragraphe – relève du style d’une grande surface alimentaire : la direction du journal semble se débarrasser d’un élément gênant parce qu’il a osé faire une remarque au chef de rayon.

Les intérêts du journal

Je vous épargne la sempiternelle ‘Je suis lecteur du Monde depuis l’âge de 14 ans, etc.’ pour en venir à l’essentiel. Bien sûr, je suis scandalisé par la décision de licencier Daniel Schneidermann. Je n’ai jamais considéré que son point de vue puisse en aucun cas ‘porter atteinte aux intérêts de l’entreprise de presse dans laquelle il travaillait’. Au contraire, le fait qu’il puisse exprimer une opinion différente de celle de la direction du journal dans les colonnes de ce même journal montrait bien que la rédaction du Monde n’est pas le bloc monolithique que dénoncent Péan et Cohen.

Démocratie

Dans une société démocratique, on ne licencie pas M. Daniel Schneidermann.

Une voix divergente

C’est Le Monde qui se porte un coup à lui-même en mettant à la porte une voix divergente. Car si le journal est si fort, il ne devrait pas craindre des critiques, qu’elles soient justifiées ou non. Cette logique me paraît suicidaire dans le contexte actuel. Au lieu d’éteindre le feu de la polémique, et de recrédibiliser les médias, elle ne fait que nourrir les doutes, déstabiliser les lecteurs du journal et écorner son image.

De l’eau à leur moulin

Je ne connais rien aux aspects juridiques du droit des journalistes à l’expression de leurs opinions. Ce que je sais, c’est que les propos tenus par Daniel Schneidermann dans son livre recoupent parfaitement ce que je ressens moi-même, et ce que ressentent d’autres lecteurs autour de moi : les réactions du journal aux critiques lui ont fait plus de mal que ces critiques mêmes. Elles apportent de l’eau au moulin de ses détracteurs, et parviendraient presque à les rendre crédibles.

Où est le dénigrement ?

En quoi l’écriture d’un livre qui n’est pas tendre à votre égard est-il un ‘travail de dénigrement’ ? Pourquoi les vertus du débat contradictoire, que vous laissez souvent pratiquer dans vos colonnes, n’est-il pas ici souhaitable ? Vous n’êtes pas seulement une entreprise marchande, vos lecteurs ne sont pas de simples consommateurs... Au total, je vous trouve bien fébrile quant à l’affaire Péan’. Voudriez-vous me faire absolument lire ce livre que vous ne vous y prendriez pas autrement.

Des fleurs qu’on butine

La variété et la diversité de ses signatures font toute la richesse du Monde. Licencier Daniel Schneidermann est une erreur ridicule : si vous élaguez les branches qui portent les fleurs que nous venons butiner, votre arbre va devenir sec comme une trique et vos lecteurs iront papillonner ailleurs.

Encart publicitaire

J’ai été choqué des raisons du licenciement de Daniel Schneidermann. Je ne pensais pas y réagir : après tout, être injuste est aussi votre droit. Mais voilà qu’en dernière page de mon journal de ce 8 octobre, il y a une publicité pour l’objet du délit. Je ne comprends plus. Le Monde a jugé infamant le livre au point de décider de se débarrasser de son collaborateur, mais il promeut le livre dans une publicité.

Une entreprise particulière

Indépendamment du fond de la question (ce licenciement est-il ou non pertinent ?), je suis scandalisé que le journal que j’ai choisi pour m’informer puisse se permettre d’occulter, ou tout au moins de différer de plusieurs jours, la diffusion d’une telle information. Il est possible que ce livre puisse contenir des éléments relevant du ‘dénigrement’. Chef d’entreprise moi-même, je peux comprendre qu’une société vive mal le fait d’être critiquée publiquement par ses salariés et qu’il puisse s’agir, dans l’absolu, d’une cause valable de licenciement. Mais l’entreprise ici en cause ne vend pas n’importe quel produit... Je suis déçu, révolté, et triste.

Débattre avec les lecteurs

Les critiques que Schneidermann adresse à sa direction sont-elles fondées ? Je n’en sais rien. N’aurait-il pas été possible que s’ouvre, dans vos colonnes, une discussion, face aux lecteurs, sur le fonctionnement du Monde ? Un journal n’est pas une entreprise comme une autre, et Le Monde n’est pas un journal comme un autre.

Nicolas Sabatier, Bruxelles; Pierre Quélin, Lyon; Dominique Hasselmann, Paris; Antoine Agasse, courriel; Marie Abel, Paris; Natacha Quester-Séméon, Paris; Henri Coing, Paris; Emmanuel Chavagneux, Lyon; Xavier Rizos, Sydney (Australie); Emmanuel Royer, Montpellier; Eric Bonnet, Lyon; Hervé Liotard-Vogt, Paris."

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